09/11/2017

Lectures d’Octobre

Voilà déjà un délai plus raisonnable pour vous présenter mes lectures du mois dernier. Un mois riche en lectures de grande qualité, qui encore m’a fait voyager de Venise à New York, de Paris à Istanbul, de la Russie à la Cornouailles. Des années 1912 à nos jours.

Venise – Théophile Gautier

Livre offert à mon père il y a quelques mois et que j’ai retrouvé dans sa bibliothèque. Après 5 à 6 ans pendant lesquels nous sommes allés à Venise chaque année (la première fois quelques mois avant notre mariage, puis enceinte, puis enceinte avec l’aîné dans sa poussette, puis avec les deux garçons au moins deux fois), cela fait bien 4 ans que nous n’y avons pas mis les pieds. D’autres priorités, d’autres choses à voir. Mais nous y reviendrons et en attendant, j’avais envie de redécouvrir cette ville si particulière par l’œil d’un écrivain classique. Un récit de voyage dans la pure tradition du XIXè siècle, quelques pages extraites d’Italia. A quelques détails près, on retrouve la Venise d’aujourd’hui, en plus poétique.
  • “La lagune et la gondole sont inséparables et se complètent l’une par l’autre. Sans gondole, Venise n’est pas possible. La ville est un madrépore dont la gondole est le mollusque.”
  • “Ensuite, c’est le ciel ou l’eau ; un feston d’écume qui blanchit, une voile qui passe, un goéland battant de l’aile dans la vapeur lumineuse et bleue…”
  • “… ce qu’on croyait un rêve de l’art n’est que la traduction souvent inférieure de la réalité.”
Même si Théophile Gautier dit le contraire ” mais ce n’est pas un guide que nous avons la prétention d’écrire ; nous voulons seulement peindre, en quelque chapitre familiers, la vie à Venise d’un voyageur sans parti pris, curieux de tout…”, c’est une description parfois très exhaustive de la place St Marc, de la basilique du même nom ou du Palais des Doges. C’est enfin et surtout un auteur très contemporain dans sa perception de la société “Juif ou nègre, ce sont des hommes, pourtant ! Combien de temps faudra-t-il encore pour l’apprendre aux enfants et aux barbares ?”.
Livre que je recommande si on a un peu de temps devant soi, et encore mieux, si l’on se trouve à Venise. Autrement, cela peut être un peu ardu (j’avoue avoir allègrement passé quelques pages sur les mosaïques de la basilique St Marc ou sur la description des tableaux du Palais des Doges).

Vango  2-Un prince sans royaume – Timothée de Fombelle

Alors que le tome 1 prend ses aises chez une ancienne collègue (C. si tu m’entends !), j’attendais la sortie du tome 2 au même format (Folio – parue fin août 2017). Et puis, à la faveur d’une disponibilité dans la bibliothèque jeunesse où je prends plus de livres pour moi que pour mes garçons, j’ai pu le lire en grand format. Dans une collection qui fait un peu adulte, pour ce livre destiné aux ados.
Nous retrouvons Vango aux Etats-Unis où il poursuit sa quête finalement assez simple : savoir qui il est, pourquoi s’est-il retrouvé tout bébé avec sa nourrice sur cette île éolienne en Sicile ? Qui sont ces gens qui le poursuivent ? Une aventure, sur la période entre deux guerres, qui s’essouffle un tout petit peu (l’originalité, la découverte du premier volume n’est plus là), mais on croise encore avec plaisir Ethel et son frère Paul, Mademoiselle et Zefiro, Voloï Viktor, La Taupe, Boulard et Avignon. Et puis, teaser… où ce que l’on apprend nous permet de faire le lien avec un autre livre de ma liste. Je n’en dirai pas plus !
  • “C’est ton silence qui me rend bavard.”
  • “Vango ignorait par quel hasard ce chapelet de pierre, de verdure et de feu, au milieu de la mer, était devenu le cœur de sa vie, son origine. Sept îles et des poussières, le seul endroit où il se sentait respirer à nouveau.”
  • “Tous les chagrins sont méprisants, imprenables, perchés à des hauteurs que personne ne peut rejoindre. Peut-être a-t-on trop peur qu’une consolation efficace efface ce qu’il reste des souvenirs.”
  • “Il y eut un cri, un appel. Et ce fut tout.” (dernière phrase)
A lire bien entendu si on a lu le premier tome, Vango 1-Entre terre et ciel.

La Vocation – Sophie Fontanel

J’ai attendu que son livre suivant paraisse (Une apparition dont la thématique… est une récurrence chez moi) pour lire La vocation. Par défaut, je ne lis pas les livres quand ils sortent. J’ai besoin de digérer toute cette boulimie “rentréelittéraire” pour faire mes choix de lecture, personnels et à l’envie. Roman autobiographé (il va falloir vous habituer à ce que chacun écrive comme il veut… toute référence à une écriture inclusive et autres dérives est purement volontaire) sur l’arrivée en France en 1922 de ses grands-parents, Arméniens chassés de Turquie, et parallèlement sur sa prise de poste comme Directrice Mode chez Elle en 2010.
Cette alternance de chapitres fait un récit tricoté aussi finement et proprement que les pulls faits pour Elsa Schiaparelli par la diaspora arménienne. Les anecdotes sur le milieu de la mode dans les années 2010, dont on ne sait jamais si elles sont vraies ou pas, sont savoureuses et certainement très représentatives des exigences de cet environnement. Celle sur Victor, le fils inventé de Karl Lagerfeld et Sophie Fontanel, est particulièrement drôle. L’humour justement, indispensable pour survivre. L’invention aussi, avec ce mot magnifique d’habitissement concaténation magique entre habit et aboutissement.
  • “Valérie, si la mode est la créativité, il faut que tu saches que je ne suis capable d’inventer que dans le silence, l’euphorie, la marche ou le sommeil. Ou en nageant.”
  • “Lui, conditionné par les études à travailler avec les livres, voici qu’il aborde la sensualité de l’artisanat.[…] Ecoute, nous n’avons plus de famille, il faut qu’au moins nous soyions libres.”
  • “Je commençais à saisir combien sa tunique était nacrée, combien ses manches étaient kimono, combien fluide le pantalon gris perle, combien jaune d’or ses chaussons de gondolier…”
  • “Ils ont trouvé refuge dans la seule oasis qu’ils connaissent : la dignité vestimentaire.”
  • “Eh bien, je vais vous dire : quand on cache son corps comme vous le faites, j’admets que ça commence à ressembler à une vocation.”
J’ai lu ce livre en 24 heures, complètement immergée dans ce qui me touche, ce rapport aux habits, à la distinction, à l’élégance, à ce qu’on transmet comme image.

Treize années à la cour de Russie – Pierre Gilliard

Livre offert par ma chère marraine. Une histoire de “famille”, puisque l’auteur était le beau-frère d’une de mes arrières grandes tantes, son frère était le parrain de mon grand-père. Pierre Gilliard, Suisse, est arrivé en Russie en pleine révolution en 1905 et reparti en pleine guerre civile. Il a été le dernier précepteur des Romanov, qu’il a accompagnés presque jusqu’au bout, séparé d’eux un mois avant leur exécution.
C’est un récit et un témoignage passionnant, très fin, montrant une réelle tendresse pour l’ensemble de la famille royale de Nicolas II au tsarévitch Alexis. Mais aussi une analyse très pertinente et sans complaisance de la situation politique, de l’éducation du jeune tsarévitch.
  • “Ce que l’on gagnait peut-être en sécurité, l’enfant le perdait en réelle discipline.”
  • “Malgré tous ses efforts, elle ne parvint jamais à être banalement aimable et à s’assimiler cet art qui consiste à effleurer tous les sujets avec une grâce superficielle. C’est que l’impératrice était avant tout une “sincère”…”
  • “De là chez lui une sorte de résignation mystique qui le portait à subir la vie plutôt que de chercher à la diriger. C’est la un des traits caractéristiques de l’âme russe.”
  • “Entre lui et la vie, il y a des cloisons étanches.”

A lire, surtout à l’approche du centenaire de la mort des Romanov, en juillet 2018.

La ferme du bout du monde – Sarah Vaughan

Grosse grosse déception pour ce roman encensé sur les blogs, instagram et autres médias. Je suis allée jusqu’au bout. Parce que jusqu’à la fin j’ai espéré un rebondissement, une surprise. Bref, cela ne m’a pas convaincu.
Une petite citation pour ceux qui auraient encore quelques espoirs : “L’importance de se saisir de l’instant présent, de ne repousser aucune joie car il y aura toujours des épreuves par ailleurs, et la menace du malheur.”

Un petit dernier pour la route, mais pour celui-là, je vais faire un billet à part.
Et vous, qu’avez-vous lu récemment ?
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