29/01/2018

Lecture de Décembre

C’est comme pour les vœux, je ne suis pas en avance. Doux euphémisme pour dire que je suis plus qu’en retard. Faut-il vraiment que je vous parle de mes lectures de décembre alors que janvier, pourtant interminable, touche à sa fin ? Alors que j’ai déjà lu 6 livres depuis mes lectures de décembre ? Mais comme j’ai horreur des séries interrompues, j’ai préféré vous faire un billet, aussi bref soit-il, plutôt que d’avoir un trou béant dans ma série de lectures de 2017.

Bleu – Michel Pastoureau

Une couleur ne vient jamais seule, dernier livre de Michel Pastoureau, me tendait les bras. Mais manquant de moyens à ce moment-là, je me suis rabattue sur une version poche d’occasion et j’ai jeté mon dévolu sur Bleu, ma couleur préférée comme pour la majorité des gens, l’ai-je appris.

Histoire d’une couleur… passionnante. Comment comprendre que « La couleur est d’abord un fait de société. » Parce que « … nous voyons les couleurs que le passé nous a transmises telles que le temps les a faites et non pas dans leur état d’origine. » Le bleu n’apparaît vraiment comme une couleur notable qu’à partir du XIème siècle. Avant, nombreux sont ceux qui pensent que « la couleur n’est pas de la lumière mais de la matière donc quelque chose de vil, d’inutile, de méprisable. » Puis vers le XVème siècle, le bleu devient couleur morale, avant de devenir la couleur préférée des Français au XVIIIème siècle. Comme pour beaucoup de chose, la perception est subjective et “… il importe parfois moins de savoir si l’on a affaire à du bleu, à du rouge ou à toute autre coloration, que de savoir si l’on est en présence d’une couleur mate ou d’une couleur brillante.” Un essai lumineux sur une couleur qui n’a été déclarée froide que tout récemment.

A lire… quand on les idées noires !

Bleu – Michel Pastoureau – Editions du Seuil (Points Histoire, 2010) – 240 pages

Monstre – Gérard Depardieu

Personne ne s’étonnera qu’il s’agit d’un achat de Maritomio et je reconnais que, très souvent, ce qu’il achète me passionne. Je n’ai eu aucun mal à m’y mettre dans la mesure où j’avais beaucoup apprécié le précédent recueil de Gérard Depardieu, Innocent (chronique ici).

Ce nouveau livre m’a enchanté. Ce n’est ni un roman, ni un récit, encore moins un essai, une autobiographie ou de la poésie. Quoique. C’est peut-être de ce genre là qu’il s’approche le plus. Ou alors des haiku japonais (petit poème extrêmement bref visant à dire et célébrer l’évanescence des choses). Il dit son regard sur le monde, sur la vie, sa vie, son rôle d’acteur et de père. Sur “ces jours où l’âme se fait lourde, ces soirs où l’on est fatigué de vivre et effrayé de mourir.” “Quand tout devient mensonge, la seule vérité que l’on peut encore sinon trouver du moins chercher, c’est notre vérité intime.” C’est un Gérard Depardieu, honnête, bourru, parfois bosselé et rugueux, qui reconnaît “Je suis parfois décousu comme le monde, mais ça ne me gêne pas. Au contraire, je trouve ça bien, de laisser apparaître ses coutures.” Finalement “Quand on aime, on n’a pas besoin de mettre un mot sur chaque sensation. Le désir suffit.” J’espère qu’il vous suffira !

A lire… souvent.

Monstre – Gérard Depardieu – Cherche Midi (2017) ; 212 pages

Gaspard, Melchior & Balthazar – Michel Tournier

Après l’essai Le vent Paraclet, j’avais envie de poursuivre mon exploration de cet auteur, un peu énigmatique et particulier. Sous la forme d’un roman cette fois. Basé sur l’histoire des rois mages, Gaspard, roi de Méroé, Balthazar roi de Nippur et Melchior, prince de Palmyrène. Mais on peut aussi y croiser Barbedor, Hérode le grand, l’âne le boeuf et surtout Taor, prince de Mangalore. Je crois que j’ai aimé à la façon d’un conte qu’on m’aurait raconté enfant, le soir avant de m’endormir (même si ce conte n’est pas à mettre entre toutes les mains). Je connais certains éléments auxquels me raccrocher, il y a du mystère, des inventions et à la fin je ne sais plus très bien à quoi croire. Mais laissons la parole à tous ces personnages. 


Gaspard : “En vérité, ma curiosité entre constamment en conflit avec la retenue et la distance qu’impose la royauté.”
Balthazar : “Malheur à celui qui blesse un enfant dans ce qu’il a de plus cher.”
Melchior : “Je suis roi, je suis pauvre. Peut-être la légende fera-t-elle de moi le Mage venu adorer le Sauveur en lui offrant de l’or.”
Sur l’âne et le boeuf : “L’âne est un poète, un littéraire, un bavard. Le boeuf, lui, ne dit rien. C’est un ruminant, un méditatif, un taciturne.”
Taor : “En ce temps-là, l’homme participait de la simplicité divine. Le corps et l’âme étaient coulés d’un seul bloc.”

A lire… avec une âme d’enfant.

Gaspard, Melchior & Balthazar – Michel Tournier – Gallimard (Folio, 1999) – 277 pages

Ces rêves qu’on piétine – Sébastien Spitzer

Depuis que j’ai découvert la section Premier roman et surtout la possibilité de laisser son avis sur une petite fiche, j’essaye de prendre un de ces livres à chaque fois que je passe à la bibliothèque Germaine Tillon, près du Trocadéro. J’avais entendu parler de celui-ci, beaucoup de blogueurs littéraires en avaient déjà fait une chronique. Les avais étaient, me semble-t-il, assez partagés. J’étais donc curieuse de savoir quoi penser de cette histoire autour de Magda Goebbels, cette femme qui finira par sacrifier tous ceux qu’elle aime.

Je ne suis pas sûre d’avoir aimée. J’ai trouvé cela à la fois trop journalistique (c’est écrit par un journaliste) et superficiel. Eva, du blog Tu vas t’abimer les yeux en a très bien parlé à mon sens. Ce n’était ni désagréable, ni mal écrit. J’ai même réussi à sauver quelques phrases, mais cela ne me laissera pas un souvenir impérissable (j’ai eu du mal d’ailleurs à faire cette chronique, un petit mois seulement après la lecture).

“Il avait le sens de la litote. Le don de la menace voilée. Un art très germanique de faire passer le pire pour une nécessité.”
“Je mérite bien d’être ton père, même à échelle réduite…”
“Pour survivre, il faut s’oublier.”

Et vous pourrez très bien survivre en l’oubliant.

Ces rêves qu’on piétine – Sébastien Spitzer – Editions de l’Observatoire (2017) – 305 pages

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