Le constat est sans appel. Je n’arrive plus à écrire sur ce blog, plus comme je voudrais. Finis cet esprit, cette curiosité, cette flamme. Ce n’est pourtant pas le temps qui me manque, surtout depuis que j’ai enfin trouvé un poste qui me laisse quelques jours libres avant de commencer. Mais je ne réussis toujours pas à prendre le temps intellectuel pour le faire. La culpabilité de la mère de famille, la procrastination atavique, la peur sans doute de ne pas m’améliorer me font remettre au lendemain cet exercice que pourtant j’aime par-dessus tout. Et probablement aussi l’une des rares choses pour lesquelles j’ai un léger, minime, soupçon de talent.

Alors, avant de jeter l’éponge, j’essaye encore. Je voudrais partager quelques principes de vie qui m’ont permis de ne pas devenir chèvre durant cette période d’inactivité professionnelle et de bouleversement familial.

Prendre soin de soi

Prendre soin de soi, c’est prendre soin de son corps, de son esprit, de son âme, sans oublier si possible de sa fantaisie, sa curiosité, prendre soin de rester soi-même dans ce qu’on a de bon et de fort. Il est tellement facile de s’abandonner, un « Ah quoi bon » au bord des lèvres. De ne pas faire d’efforts pour les autres, de toute façon si peu nombreux. Toutes ces journées sans autre interaction que la gestion mécanique du quotidien avec mari et enfants. Le matin, une tenue enfilée à la hâte pour emmener les enfants à l’école. En revenant se dire qu’on fera ceci, cela. Et puis la fatigue qui vous tombe dessus, le « je me pose quelques minutes » qui devient un marathon série télé. Avec au bout du compte, cette sensation d’écœurement à mi-journée quand vous vous rendez compte que vous n’avez même pas lancé une machine. Ce trait est un peu forcé, caricatural et heureusement n’a représenté que quelques journées un peu « loose » de ces 9 mois de recherches. Mais sans aide, sans personne autour de soi, la bascule totale aurait pu vite arriver.

J’ai eu la chance qu’on m’offre à l’automne une séance de coaching en image. Si je n’ai pas encore tout mis en application (le budget n’a pas pu suivre), certains conseils m’ont changé la vie. J’aurais pu faire mieux (Pilates, mon ami, revient me tourmenter un peu !), j’aurais pu ne pas prendre ces quelques kilos qui n’aident pas à la reprise de confiance en soi, j’aurais pu voir tellement plus d’expositions. Mais je crois avoir toujours réussi à donner l’image de quelqu’un en action. Et c’est là l’essentiel.

Savoir dire non

Principe ô combien utile aussi bien dans la vie professionnelle que personnelle. Savoir dire non avec gentillesse, parfois aussi sans explication. Simplement parce que dire non c’est se redonner un pouvoir de décision dans une vie qu’on n’a plus trop l’impression de maîtriser. C’est se préserver quand on sait qu’on n’arrivera pas à gérer certaines questions, certaines situations. C’est faire comprendre qu’au chômage ne signifie pas disponible 24 heure sur 24. Oui, je peux accompagner ta classe à la piscine jeudi. Non, je ne pourrai pas venir toutes les semaines. Et c’est valable pour ton frère.

Dire non, c’est aussi rester en cohérence avec ses objectifs, ses projets. Refuser un entretien quand on sait qu’on ne prendra pas le poste, refuser un poste quand l’intuition vous allume toutes les alarmes au rouge, que la localisation fait que vous vous savez incapable d’envisager de prendre la ligne 13 quotidiennement. Alors que vous êtes en recherche depuis 6 mois et que vous commencez à vous décourager.

Avoir des projets et des objectifs

Car la recherche d’emploi, la gestion de cette période ne peut se faire qu’avec des objectifs, des bornes, des jalons. Voir devant, se donner les moyens d’y arriver, par étapes. Une vraie gestion de projet en somme. Et là, attention, car comme le dit l’adage « ce sont les cordonniers les plus mal chaussés » ; faire de la gestion de projet pour soi-même c’est souvent se confronter à ses manques et à ses lacunes.

J’ai quitté mon poste précédent début mai. Je m’étais fixé comme objectif d’avoir retrouvé un poste au 31 décembre. Le 15 janvier j’avais la confirmation d’avoir un poste, d’avoir été choisie. Je suis plutôt contente, et très fière d’avoir respecté (à quelques jours près, mais c’est le lot de tout projet !) le planning que je m’étais fixé. Consciente de tout ce que j’ai mis en place pour y arriver : ateliers de la cité des métiers, salons, candidatures spontanées, contacts réseau, café réseau, inscription à Force Femmes…

En parallèle, les projets personnels sont plus qu’indispensables. Bon évidemment, c’est toujours au moment où vous êtes sans le sou que vous voulez sublimer votre appartement. En même temps, vous allez y passer plus de temps que d’habitude, normal donc d’avoir envie d’en faire un lieu agréable. Mais il suffit de s’adapter. Nous essayons de refaire chaque année un petit quelque chose dans notre appartement. Cet été, nous avons repeint le mur du salon dans un bleu cobalt. Un vrai coup de cœur, une idée de génie (si, si n’ayons pas peur des mots) pour un environnement désormais classe, chaleureux et lumineux. Repeindre la salle de bain, la chambre des enfants, trouver une bibliothèque plus grande, candidater pour être jurée du prix Livre Inter, écrire mon livre…

Avoir des projets c’était faire de mon chômage (car oui, il faut malgré tout appeler un chat un chat) juste un statut professionnel temporaire et non ma vie.

Rester un enfant et savoir s’émerveiller

Dans le bus hier, mon plus jeune garçon (7 ans) m’a dit « Maman, il faut faire une petite prière à Dieu pour le remercier d’avoir mis du soleil ». La dame assise devant s’est retournée, m’a fait un grand sourire et m’a dit «Wahou, c’est la première fois que j’entends cela. ». Voilà ce qui représente pour moi une capacité à s’émerveiller : non seulement voir ce qui est beau, mais être capable de l’exprimer, de dire merci, de le partager sans honte ni retenue. Juste avec le cœur. C’est le même qui, lundi dernier en sortie scolaire dans les serres d’Auteuil, s’est exclamé en rentrant dans la serre : « Maman, c’est tellement beau. Tu crois que quand je serai mort et au paradis, ce sera aussi beau ? ».

Il m’a été indispensable de m’arrêter dans ce que je faisais, pour contempler… un rayon de soleil sur ma table de salle à manger, mes garçons en train de faire un bonhomme de neige au parc, la berge de la Seine depuis le pont d’Arcole en sortant de mon dernier entretien, en enfant qui sourit à sa mère, la brise dans les feuilles à l’automne…  Et tant d’autres choses encore.

Nous avons tellement d’occasions, dans nos vies agitées, d’être aigri, mesquin, ronchon que je mets un point d’honneur à voir autant que possible le beau là où il se trouve. Quitte à passer parfois pour une naïve. Mais rassurez-vous, hélas, voir le beau ne m’empêche pas de voir le laid, le sale, le petit. Je veux juste pouvoir dire que ce ciel est beau et que j’aime tant voir les gens sourire. Et surtout, surtout fuir les pessimistes, les toxiques, les rabat-joie pour ne pas me laisser voler ma joie.

Lire et écrire

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que lire est une respiration absolument nécessaire à mon bien-être. Lire le matin au petit-déjeuner avant le réveil de la tribu, lire dans les transports en commun (ravie d’avoir trouvé à 30 minutes de métro de chez moi !), dans les salles d’attente, le soir dans mon lit quelle que soit l’heure. Des classiques, des polars, du contemporain, de la biographie, en anglais, en italien, en français. Des poches, des brochés, des livres payés de ma poche ou empruntés. La lecture est un plaisir, une ouverture sur la vie, une éducation au bien écrire, parfois aussi source de déception et de colère. C’est donc d’autant plus intéressant de le partager au travers de mon blog, mais aussi de prix (j’ai tenté Prix du livre de poche, Prix des lecteurs orange… à suivre pour les autres) et de challenges.

Presque aussi fort est mon besoin d’écrire. Parfois pour rendre compte d’une lecture, d’un point de vue. Sur mon blog, les réseaux sociaux. Parfois juste pour moi, pour faire le point sur ma journée, en tirer la substantifique moelle et me rendre compte finalement que cette journée pourrie m’a appris deux choses essentielles sur moi. Et à l’inverse cette soirée agréable n’a été que vanité et superficialité. Exprimer par écrit un sentiment permet de le désamorcer, d’en enlever toute subjectivité par la recherche du mot le plus juste. Combien de situations inextricables j’ai fini par résoudre simplement en couchant par écrit ce qui me tracassait.

Développer sa curiosité

Parallèlement à cette activité « littéraire », je n’ai jamais cessé, et encore plus durant cette période, de rester en veille sur les sujets qui me concernaient. Le digital learning, la formation, le développement de compétences… je me suis abonnée à des newsletter, inscrite à des MOOC (Massive Open Online Course) ; il faut d’ailleurs que je termine celui sur la cartographie des processus métier, vraiment bien fait et passionnant !). J’ai participé à des salons, des conférences, rencontré des gens captivants. On le sait désormais, on ne parle plus de formations mais de parcours d’apprentissage tellement il est évident que chacun devra continuer à se former tout au long de sa vie professionnelle.

Une grande curiosité c’est bien, pratiquer la “sérendipité” cela fait chic, mais attention à “l’infobésité” qui nous assaille. Combien de fois je me suis retrouvée avec beaucoup plus d’informations que nécessaire ; plus qu’une aptitude à chercher l’information, c’est une capacité à analyser et à trier qui devient l’atout maître.

Aujourd’hui est à toi !

Pour conclure ce trop long billet, cette phrase et ce poème ci-dessous (auteur anonyme) qui a résonné en moi comme un coup de poing. Mais bon sang, c’est exactement comme cela que j’exprimerais ce sentiment que je fais chaque jour ce que je peux, qu’à chaque jour suffit sa peine et que ce que je vis n’est pas ce que vivent les autres. Quoi qu’ils en pensent et voudraient que tu penses.

La chose la plus précieuse
Que tu possèdes au monde est “aujourd’hui”.
Aujourd’hui, tu peux être heureux.

La plupart de nos misères sont des restes d’hier
Ou des soupçons empruntés à demain.
Tous tes hiers, Il les a repris,
Tous tes demains sont entre ses mains.

Aujourd’hui est à toi:
Prends-en les joies et sois heureux,
Prends-en les peines et sois toi.
Décide aujourd’hui même
De jouir de ton travail comme de tes loisirs.

Aujourd’hui est à toi:
Vis-le,
Emplie-le,
Chante-le,
De sorte que, toujours, tu puisses dire:
J’AI AIMÉ AUJOURD’HUI.

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