“Mais pourquoi êtes-vous donc allé au Havre ?” est probablement la phrase que j’ai le plus entendue en revenant de ce week-end pascal de 3 jours. Parce que face à mon impossibilité de décrire précisément mon impression, mon interlocuteur ne pouvait que sortir la carte de l’incompréhension. Que nous ayons choisi cette destination peu habituelle en a surpris plus d’un et rien que pour cela finalement, c’est déjà une réussite.

Mais rendons à César ce qui doit lui être rendu : ma chère marraine a une passion pour cette ville. C’est donc en en parlant souvent avec elle que l’idée nous est venue lorsqu’il a fallu trouver une ville pas trop loin, à découvrir, avec la mer.

Une ville au charme imperceptible

… et pourtant, on a bien cherché. Le manque de soleil et de vie urbaine dû aux 2 jours fermés (Pâques et lundi de Pâques) n’ont pas contribué à rendre cette ville attrayante et chaleureuse. La ville est quadrillée de grands immeubles, bâtis sur le même modèle…ou presque.

Le centre ville (ville basse près de la mer) a été détruit lors d’intenses bombardements en septembre 1944. Il a donc fallu reconstruire rapidement de quoi loger les 80.000 sinistrés. C’est à l’atelier d’Auguste Perret qu’on doit ces immeubles en béton, révolutionnaire pour l’époque. On apprendra que Le Havre est l’une des rares villes au monde à posséder une telle superficie (133 hectares) d’immeubles construits par le même atelier d’architecture.

Plusieurs fois, j’ai eu le sentiment de me trouver à Moscou ou Varsovie, au temps du communisme. Et un guide, rencontré par hasard, nous a confirmé que beaucoup de films dont l’action se situe dans ces villes ont été tournés, ici, au Havre.

Nous avons malgré tout, au hasard de nos marches dans les rues vides et souvent tristes, croisé quelques traces de couleurs. De quoi alimenter une palette de couleurs et de sentiments, jusque là bien ternes.

L’époustouflante église St Joseph

Cette église est l’un des deux seuls bâtiments conçus par Auguste Perret en personne (avec l’Hôtel de Ville). Une oeuvre d’art, une ode à la spiritualité. D’autant plus surprenant qu’Auguste Perret se disait athée. Mais il fut accompagné à la fois par un autre architecte, Raymond Audigier, très croyant lui, et par l’abbé Marie. Le clocher culmine à 107 mètres et est l’un des monuments phares de la ville.

 

A l’intérieur, on est frappé par la lumière, douce et changeante au fil des heures. Les vitraux abstraits, réalisés par Marguerite Huré, sont une splendeur. Chaque couleur a sa signification. Les fauteuils sont rabattables, comme au cinéma ou au théâtre, et l’escalier en colimaçon à l’intérieur du clocher nous donnerait envie de monter au ciel bien vite (même si en fait, on ne peut plus y monter. L’escalier n’ayant pas de contremarche, cela a bloqué quelques personnes qui, paralysées par le vertige, ont dû être secourues par les pompiers. Bref, ne monte pas au ciel qui veut !).

L’intérieur du clocher de l’église St Joseph et son escalier en colimaçon

Une offre culturelle prometteuse

Avec l’une des 20 plus grandes librairies de France, Le Havre fait un beau cadeau à ses lecteurs, à la grande lectrice que je suis. S’il y a bien un incontournable lorsque nous visitons une ville, c’est la librairie. Surtout quand, comme à La Galerne, ce sont près de 1300 m² dédiés à la lecture, à l’écrit, qui accueillent les grands et les petits.

Le MuMa (Musée d’art moderne André Malraux) est à voir également. Autant pour ses collections que pour le bâtiment lui-même, vaste et lumineux, idéalement situé en bord de mer.

Nous n’avons vu qu’une partie des collections, le rez-de-chaussée ayant été vidé pour une prochaine exposition. Tant pis pour les Dufy. Mais avec nos deux picci de 7 et 8 ans, l’étage suffisait amplement avec, entre autres, une collection sublime de Boudin et quelques Marquet vraiment découvert à cette occasion.

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Eugène Boudin – MuMa (Le Havre)

 

Albert Marquet – MuMa (Le Havre)

Un grand port, entraperçu

Disons que nous avons surtout exploré le port du temps des grands armateurs du XVIIIème siècle en visitant la Maison de l’Armateur, très surprenante. Déjà, son architecture ancienne surprend par contraste avec cette ville si moderne.

Mais c’est surtout l’intérieur qui est remarquable. Ce puits de lumière de forme octogonale et ces deux escaliers qui nous mènent jusqu’au 4ème niveau nous donnent le sentiment de visiter une maison de poupée. La bibliothèque, le salon de musique, la chambre ou le cabinet de curiosité sont autant d’occasion de découvrir la vie d’une riche famille havraise du XVIIIème siècle.

Maison de l'Armateur - Intérieur et extérieur

Maison de l’Armateur – Intérieur et extérieur

Y revenir…

… pour mieux profiter de la plage et pousser vers Sainte-Adresse !

La plage du Havre

… pour découvrir les jardins suspendus autrement que dans les serres, refuge idéal quand il pleut à verse.

… pour tenter de comprendre ce qu’est Le Havre, en pleine activité, sous le soleil !