Il existe des coïncidences, des rencontres, des lectures qui vous sautent aux yeux. Quand un lieu s’impose à vous, par un livre, c’est encore plus étonnant.

Au hasard d’une après-midi “baguenaudage” au Bon Marché, dans cet antre du beau, du luxe et de la frustration parfois, je me suis offert l’un des biens les plus accessibles : un livre, ce livre. Alors que j’étais sûre de ne pas aimer Patrick Grainville (que je crois finalement avoir confondu avec un autre Patrick écrivain… à vous de découvrir lequel !), seulement sur une couverture qui m’appelait, la mer, la peinture… et le volume (plus de 600 pages tout de même) !

Occupée par d’autres lectures, je ne l’ai finalement ouvert… qu’au Havre où nous passions le week-end de Pâques. Le Havre, que l’auteur connaît bien et dont le personnage dit “Mon image du Havre est une fleur, un feu, une marée d’échos, de clapotis brillants.” Comme Le Havre qui ne s’est pas laissée apprivoiser en une fois (voir mon billet précédent), ce roman m’a laissée perplexe un bon moment. Ma persévérance a été mue par ma seule intuition d’une lecture au final hors du commun.

L’autre titre pourrait être “Et Monet pendant ce temps là…” tant cette frise chronologique de l’histoire de France et de la peinture suit les dates de la vie de Monet, entre 1867 et 1927. “Et Monet ? Son Giverny fleurit, fleurit… Ses nymphéas aussi. Il peint. La beauté est un vertige quand elle s’élève sur l’hécatombe des peuples et sur la charogne d’un siècle.”

Ce roman est une grande toile. Au départ blanche avec seulement quelques touches, on a du mal à y lire une histoire, à comprendre une quelconque cohérence. Et puis les touches de couleurs s’ajoutent les unes aux autres, les unes sur les autres, les unes absorbant les autres. La langue et les mots, véritable pinceau de cet artiste bouillonnant, sont au service d’un sens du détail, parfois arc-en-ciel, parfois tout en nuancier de gris. Et ce n’est alors qu’avec du recul qu’on peut admirer le dess(e)in de l’auteur. Du grand art.

Pour en savoir plus sur l’histoire, je vous conseille le billet très détaillé de Squirelito, un écureil très littéraire !

“La falaise qu’il [Monet] peignait était comme lui, rien ne la bouffait, ne la faisait céder.”

“Le ciel bouge encore, Monet s’exclame :
– Le ciel devrait savoir qu’il pose.”

“La peinture m’offrait un reflet plus puissant des choses, un espace pour les aimer autrement et davantage.”

“L’homme n’aime et ne comprend au fond que le territoire. C’est le prolongement de son corps.”

Edition du Seuil – 2018 – 643 pages