23/06/2018

Le premier amour – Sándor Márai

Couverture hongroise de « Le premier amour » de Sándor Márai

Tellement en retard de mes lectures et tellement parfois en dehors des nouveautés, je sais que je ne rattraperai jamais tous ces blogueurs qui arrivent à se faire inviter aux rentrées littéraires des maisons d’édition (certains heureusement gardent leur raison et leur générosité, je pense à un certain écureuil). Jalouse ? Probablement un peu. Après je sais que je n’ai ni le temps ni l’énergie nécessaire au développement d’un tel réseau. Pour être invité, il faut être suivi, pour être suivi il faut publier, un peu, beaucoup, « hashtaguer » avec efficacité sur tous les réseaux et si possible sur les livres du moment. Bref, devenir presque journaliste littéraire et s’imposer des lectures en fonction de l’actualité. Ce que je suis bien incapable de faire, la lecture devant être pour moi le fruit tout à la fois d’une rencontre, d’une envie et d’une curiosité.

 

J’ai donc pris le parti de proposer des billets un peu décalés, toujours sur la lecture, autour d’une oeuvre lue, mais avec quelques petits trucs en plus.

Pour ce nouveau billet, j’ai choisi (ou plutôt un petit post sur Facebook m’a aidé à choisir) Le premier amour de Sándor Márai. J’avais découvert cet auteur avec Les Braises, l’un de ses chefs d’oeuvre (billet ici). C’est donc par son premier roman que j’ai voulu continuer ma découverte de cet auteur hongrois.

 

L’histoire se déroule au début du XXème siècle, dans une petite ville de Hongrie. Un professeur de latin, vieux garçon, mène une vie solitaire entre ses cours dans un lycée, ses repas et ses soirées au club. Lors d’une cure dans une station thermale sur le déclin, il décide de tenir un journal pour tromper son ennui (« Si j’écris, c’est aussi en partie pour faire passer le temps. »). Et au fil de relations assez banales, il révèle un homme torturé, poursuivi par ses démons. Il dira « Je suis enfermé dans mon âge, mon apparence extérieure et, pour ainsi dire, je suis esclave des circonstances et de mon mode de vie. »

 

J’ai le sentiment de me reposer de façon bizarre. Comme si j’avais quelque chose d’urgent à faire et que cette chose urgente était le repos en soi. »

« Chaque existence se fracasse au moins une fois. […] Il faut oser aimer quelqu’un pour éviter ça, sinon rien ne vaut la peine d’être vécu. Aimer les femmes, c’est ce qui nous est donné de plus simple. »

« Il n’avait pas d’éducation, mais il réfléchissait. C’est mieux. Ce n’est pas lire qui importe, mais réfléchir.

 

Moins prenant que Les braises, ce huis-clos avec lui-même est pourtant redoutable dans la description d’une mélancolie, d’une vie faite d’habitudes qui, même bouleversée par un événement extérieure, reste banale jusqu’à cette dernière phrase, glaçante « Je ne bougerai plus d’ici, pas tant que je n’aurais pas mis les choses au point avec Mádar. »

 

Le premier amour – Sándor Márai

Le livre de Poche ; 2010 ; traduit par Catherine Fay

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