Auteurs de Sicile – 2 – Giuseppe Tomasi di Lampedusa

Continuons donc ce tour des auteurs de Sicile par Giuseppe Tomasi di Lampedusa (si vous avez manqué le premier numéro sur Andrea Camilleri c’est ici).

Des palais de Sicile à la bataille de Caporetto

Giuseppe Tomasi, duc de Palma et prince de Lampedusa est né à Palerme le 23 décembre 1896. Enfant unique après la mort tragique de sa soeur Stefania, il est très attaché à sa mère qui lui apprend le français. Le jeune Giuseppe passe son enfance entre le palais de Palerme et celui de Santa Margherita di Belice dans la province d’Agrigente. Après ses années de lycée, effectuées à Rome, il rentre en Sicile avant de repartir faire des études de droit. Mais la guerre ne lui permet pas de terminer ; il est appelé sur le front comme officier dans l’artillerie.

A la défaite de Caporetto à la fin de l’année 1917 (bataille racontée par Ernest Hemingway dans L’Adieu aux armes), Giuseppe Tomasi est fait prisonnier par les Autrichiens. Mais très vite il s’évade et rejoint l’Italie par Trieste. En 1920, il démissionne alors de l’armée avec le grade de lieutenant et retourne en Sicile pour s’occuper de ses terres.

Voyages, villégiatures et études sur la littérature

En 1932, Giuseppe Tomasi se marie à Riga avec Alexandra Von Wolf-Stomersen puis ils reviennent s’installer à Palerme avec la mère de Giuseppe. En 1934, à la mort de son père, il hérite du titre. Exempté de service lors de la Seconde guerre mondiale, il se réfugie à Capo d’Orlando bientôt rejoint par Alexandra. C’est un lieu qu’il affectionne particulièrement, où il retrouve paix et sérénité auprès de son cousin Lucio Piccolo.

En 1946, sa mère meurt ; Giuseppe retourne à Palerme avec sa femme Alexandra.

Il commence alors à fréquenter des groupes de jeunes intellectuels, continue à lire très assidûment, mais pour l’instant pas d’écrits.

En 1954, Giuseppe Tomasi se rend à une conférence littéraire, invité par son cher cousin Lucio Piccolo ; c’est à ce moment qu’il s’attelle à l’écriture de son unique oeuvre, Le Guépard. Il a alors près de 60 ans !

Il en termine l’écriture en 1956, mais essuie le refus de deux des plus grandes maisons d’édition, Mondadori et Einaudi. L’année suivante on lui découvre un cancer au poumon dont il mourra le 23 juillet 1957, chez sa belle-soeur à Rome, loin de sa chère Sicile où il sera enterré.

C’est finalement un an après sa mort, à titre posthume, que Le guépard est publié chez Feltrinelli.

Tomasi di Lampedusa y trace la vie de don Fabrizio Corbera, prince de Salina, très inspiré d’un de ses oncles et plus globalement de la noblesse sicilienne dont il est issu. Sur fond de tourments révolutionnaires et de construction de l’unité italienne. Mais c’est surtout une histoire de la Sicile et de la transition entre un ordre ancien et un nouvel ordre.

Un succès fulgurant et une source de vifs débats

Le succès littéraire est très rapide ; dès 1959 le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa remporte le Prix Strega, l’équivalent du prix Goncourt en France.

L’adaptation au cinéma par Luchino Visconti en 1963 contribuera grandement au succès de l’oeuvre, même s’il s’agit d’une certaine lecture, assez classique, du roman ; cette même année il remporte la palme d’or au Festival de Cannes.

Très vite de vifs débats opposent les « gattopardeschi » (pro Guépard) dans lesquels on peut situer le grand public et les « antigattopardeschi » dans lesquels on trouvent une partie des critiques. Plus que sur des arguments littéraires, ce sont surtout sur arguments esthétiques, idéologiques et politiques que les clans s’affrontent. Pour en savoir plus, lire l’article passionnant d’un colloque de Sylvie Servoise Le Guépard, de G. Tomasi di Lampedusa, ou la relecture de l’histoire depuis sa fin : tentation du lecteur et pièges de l’écriture.

Cette oeuvre qui décrit la mélancolie d’un monde qui finit a bénéficié d’une nouvelle traduction en français par Jean-Paul Manganaro.

« Se vogliamo che tutto rimanga com’è, bisogna che tutto cambi. »

« Il faut que tout change pour que rien ne change. »

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