Souvenir de lecture – Jules Verne

Année scolaire 1982/1983… j’aurai 11 ans en juin, à la fin de l’année de CM2.

Dans une petite école privée de Versailles, Madame G, notre institutrice, nous emmène un mardi sur deux (ou tous les mois, la mémoire commence à me manquer) à la bibliothèque Vauban. Je revois notre trajet à pied, en rang deux par deux ; les garçons de la classe pourtant peu nombreux font osciller notre procession par leurs écarts réguliers.

La bibliothèque est à l’étage d’un bâtiment en béton de la mairie, les rayonnages entre lesquels la lumière ne pénètre jamais laissant une pénombre bienfaisante, et le coin lecture au contraire baigné de soleil. 

Nous devons choisir un livre à emprunter, mon institutrice me demandant d’aider une camarade détestant lire à faire son choix. Je ne mets pas longtemps à porter mon dévolu sur Voyage au centre de la terre de Jules Verne, dans une collection que je n’ai jamais revue jusque là. Broché, de petit format, avec une couverture épaisse d’une couleur gris bleu ; les feuilles sont toutes fines, presque aussi fines que du papier bible.

Je me souviens des trois jours qui ont suivi, plongée que j’étais au cœur du volcan islandais, vibrant au rythme des péripéties des héros, fascinée par le détail des descriptions, la fantaisie et l’invention de l’auteur. Je me souviens du lit superposé partagé avec ma soeur sur lequel je lisais, du tapis bleu et vert aux motifs seventies du salon sur lequel je me mettais à plat ventre, des appels incessants de ma mère pour me faire venir dîner.

Ce livre m’a fait entrer en lecture comme on entre en religion : pour toujours et du plus profond du cœur. Il a fait de moi une lectrice à jamais. Régulièrement je pense à ce moment fondateur : aurais-je été la même si j’avais choisi un autre livre ? Me serai-je souvenu de cet instant si je n’avais pas découvert Jules Verne ce mardi de l’année scolaire 1982-1983 ?

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